L’esprit en développement (3e édition)
Comment les relations et le cerveau interagissent pour façonner qui nous sommes
(Daniel J. Siegel ; 2020)
Préface
Qu'est-ce que l'esprit ?
Chap 1. Cerveau incarné, conscience, nature de l'esprit
Le premier chapitre nous plonge dans les bases de l’anatomie et du fonctionnement du cerveau, afin de fonder la réflexion sur une vision commune de l’un des sommets du triangle Esprit-Relations-Cerveau incarné.
Il reste encore beaucoup à apprendre sur les processus neuronaux, mais le fait de disposer d’un échafaudage de bases de connaissances partagées est indispensable.
Il explore également le monde merveilleux et mystérieux de la conscience, en examinant certains aspects de sa nature subjective et de ses corrélats neuronaux. De cette manière, il deviendra possible de mêler les questions relatives aux fonctions neuronales et à l’expérience mentale.
Ce chapitre examine la possibilité que le traitement du flux d’énergie par le cerveau et l’expérience de la conscience ne soient pas des mécanismes aussi éloignés que l’on pourrait le penser, à première vue. Oui, le fait est que l’on ne sait pas vraiment comment, la propriété physique d’activation des neurones et l’expérience subjective d’être conscient de quelque chose, s’influencent l’une l’autre.
Chap 2. Les états d’esprit
Comment les relations et le cerveau interagissent pour façonner qui nous sommes
Le chapitre 2 examine comment les différents processus mentaux sont organisés au sein d’un état d’esprit. Ces états permettent à des activités disparates du cerveau d’être liées à un moment donné.
Une fonction cérébrale isolée est un système que l’on peut appréhender en examinant la « théorie de la dynamique non linéaire des systèmes complexes » ou, plus brièvement, la « théorie de la complexité ».
Le chapitre 2 expose la manière dont les lois des systèmes complexes, qui traitent des processus émergents et de l’auto-organisation, peuvent être appliquées non seulement à l’esprit individuel, mais aussi au fonctionnement de deux esprits ou plus, se comportant comme un système unique.
Cette nouvelle approche permet d’approfondir la discussion sur les états d’esprit et leur importance fondamentale dans la création de l’expérience subjective intérieure et dans le façonnage de l’essence des relations humaines.
Chap 3. Mémoire et narration
Dans le chapitre 3, on trouvera un résumé des recherches sur les différentes formes de mémoire, afin d’aider à comprendre comment nos premières expériences façonnent non seulement, ce dont nous nous souvenons, mais aussi la manière dont nous nous souvenons et dont nous façonnons le récit de notre vie.
La mémoire peut être considérée comme la manière dont l’esprit encode les éléments de l’expérience sous diverses formes de représentation.
Au fur et à mesure que l’enfant se développe, l’esprit élabore un sentiment de continuité dans le temps, reliant ses expériences passées aux perceptions actuelles, ainsi qu’à ses anticipations de l’avenir.
Dans ces processus de représentation, des généralisations ou des modèles mentaux du soi et, du soi avec les autres, sont élaborés. Ils constituent un échafaudage essentiel pour les interactions de l’esprit en croissance avec le monde, ainsi que pour le sens global du soi qui émerge, à la fois de nos concepts socialement construits du soi, et de nos réseaux incarnés d’action et de mémoire.
Le processus narratif est l’un des moyens par lesquels l’esprit tente d’intégrer ces diverses représentations et modèles mentaux.
Les récits autobiographiques sont étudiés afin d’explorer comment l’esprit établit une cohérence au sein de ses propres processus, et comment cette fonction centrale d’intégration influence la nature des relations interpersonnelles.
Chap 4. Attachement et sentiment d'identité
La conscience, la mémoire et le récit autobiographique (chapitres 1, 2 et 3) préparent le terrain pour le chapitre 4, qui examine l'attachement chez les enfants et les adultes.
Les schémas répétitifs des interactions des enfants avec leurs aidants sont « mémorisés » sous différentes formes et influencent directement non seulement ce dont les enfants se souviennent, mais aussi la manière dont les processus de représentation se développent et dont le sentiment d'identité émerge.
Le comportement, les émotions, les perceptions, les sensations et les modèles des autres sont ancrés par des expériences qui se produisent avant que les enfants ne disposent de processus de mémoire autobiographique.
Une conclusion importante de la recherche sur l'attachement est que le facteur le plus fiable pour prédire l'attachement d'un enfant à ses parents est la manière dont les parents racontent leurs propres souvenirs d'enfance lors de l'entretien sur l'attachement à l'âge adulte. Cela implique que la structure du processus narratif d'un adulte – et pas seulement ce dont il se souvient, mais aussi la manière dont il s'en souvient – est l'élément le plus déterminant pour prédire la manière dont un adulte va se comporter avec un enfant.
La capacité d’un individu à considérer l’état mental d’une autre personne peut être un ingrédient essentiel dans de nombreuses formes de relations étroites et émotionnellement engageantes, comme peut l’être la relation thérapeutique. Cette réflexion sur les états mentaux est plus qu’une capacité conceptuelle ; elle permet aux esprits des deux individus d’entrer dans une forme de résonance dans laquelle chacun est capable de « se sentir ressenti » par l’autre.
Chap 5. L'émotion, un changement de l'état d'intégration
Siegel décrit la nature omniprésente de l’émotion et la manière dont la distinction courante entre cognition et émotion est artificielle, et potentiellement nuisible à notre compréhension des processus mentaux.
L’émotion n’est pas une fonction limitée aux zones définies comme centrales de la région limbique. Elle influence directement les fonctions de l’ensemble du cerveau et du corps, de la régulation physiologique au raisonnement abstrait. Les « processus émotionnels » peuvent impliquer l’ensemble du cerveau, et même les informations provenant du corps et du monde social. On peut dire que les émotions et le sens sont créés par les mêmes processus.
Les émotions mobilisent des groupes neuronaux répartis dans l’ensemble du cerveau, ce qui organise les systèmes cérébraux en états d’esprit émergents. Le terme « mobilisation » peut être défini comme un processus qui relie, temporairement, des éléments distincts et différenciés du cerveau en un tout fonctionnel.
La prise de conscience émotionnelle peut être un « épiphénomène » dans de nombreuses situations, c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas essentiel. Nous pouvons fréquemment avoir des « réactions instinctives », inconscientes, qui influencent profondément nos processus décisionnels sans que nous ayons conscience de leur impact.
À l’inverse, les représentations les plus actives sont peut-être celles qui sont mobilisées et qui ont ensuite le potentiel d’entrer dans le champ de la conscience.
La conscience peut être très différente de chaque côté du cerveau. Certains auteurs ont suggéré que l’hémisphère droit est maître dans la représentation du contexte social, tandis que le gauche reste centré sur des détails dépourvus de signification contextuelle.
Les personnes présentant des traits de pleine conscience, c’est-à-dire la capacité de nommer une émotion, peuvent réduire l’activation du système limbique. En d’autres termes, elles peuvent « la nommer pour la dompter ». On peut considérer que le fait d’identifier et nommer l’expérience émotionnelle, ce qui intègre les processus hémisphériques gauche et droit, reflète la manière dont l’émotion devient plus positive et se libère, pour être partagée avec autrui.
Siegel démontre que la capacité à utiliser des mots qui véhiculent des concepts mentalisants, tels que les croyances, les sentiments, les attitudes, les intentions et les pensées — le « langage des états mentaux » — est liée au fait d’avoir vécu un attachement parents-enfant sécure.
Une étude fondamentale suggère que les traits de personnalité liés à la pleine conscience — la tendance à être conscient de l’expérience du moment présent, à avoir une attitude ouverte envers soi-même et les autres, à faire preuve d’équanimité émotionnelle, et à être capable de décrire le monde intérieur de l’esprit — va de pair avec un mode d’attachement sécure.
Retenons de Siegel que créer des frontières artificielles ou didactiques entre la pensée et l’émotion obscurcit la réalité expérientielle et neurobiologique de leur nature intrinsèquement liée.